Ecrit par Nathanaël Cherrier

Je veux de la diversité dans l'informatique !

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La diversité dans les entreprises ou dans les équipes de développement logiciel est un sujet qui revient de plus en plus. Et je ne peux pas m'empêcher de venir ajouter mon petit grain de sel même si, vous le verrez, je n'ai finalement pas grand chose à dire.

Pourquoi un article sur la diversité ? Pour vous parler un peu de mon experience de façon moins technique que d'habitude, pour changer un peu, et puis parce que mine de rien, c'est un sujet très important.

La jeunesse et l'utopie

Quand j'ai démarré ma carrière, j'avais une idée bien arrêtée sur ce qu'était – ou devait être – un développeur. Je pensais sincèrement que développeur était un métier génial où tout le monde était passionné par son boulot. Et puis je pensais qu'on avait tous des "side projects", qu'on regardait tous des vidéos sur le sujet le soir, qu'on lisait tous les livres de Uncle Bob pour s'améliorer et atteindre un haut niveau d'expertise dans notre métier.

Au départ mes convictions ont été épargnées. J'ai tout d'abord travaillé dans le milieu bancaire où mes collègues n'étaient pas du tout développeurs. Leur utilisation d'un ordinateur s'arrêtait à Word et Excel et même ça ils ne le maitrisaient pas.

Ensuite, j'ai travaillé dans une "startup" qui n'avait de startup que la taille et les horaires. On était six personnes : le patron et développeur, une assistante, un commercial, un électrotechnicien et deux développeurs dont moi. Les trois développeurs étaient des passionnés ; même si avec le recul je pense que le patron était plus passionné par le produit qu'il développait que par le développement en lui-même.

Je tiens à préciser que je me suis passionné pour la programmation et le développement à partir de douze ans et que depuis je n'ai cessé de coder. Je code pour mon patron, je code pour moi, je code pour des amis, je code pour me détendre : je ne fais que ça. Il était donc logique pour moi à l'époque que tout le monde soit pareil. Je ne connaissais que ça.

La vérité

Ma première claque, je l'ai reçu lorsque j'ai changé d'entreprise pour une SSII (ou ESN maintenant). C'était une grosse entreprise – environ 10 000 employés – un peu vieillotte dans sa façon de faire les choses. Dans le milieu on appelle ce genre d'entreprise un vendeur de viande.

Bref, dans cette entreprise j'ai rencontré pour la première fois un type d'employé que je ne pensais pas trouver un jour dans une entreprise informatique. Celui qui n'est là que pour payer son loyer. C'était réellement difficile à concevoir pour moi : je ne comprenais pas pourquoi quelqu'un qui n'aimait pas la programmation et la conception logiciel s'infligeait autant de douleur et de frustration. Certes il était là pour l'argent mais il y avait tellement d'autres métiers à faire "juste pour l'argent" !

C'était ma première approche de la diversité. Ces gens n'étaient pas comme moi. Et j'ai compris, au fur et à mesure, que ça ne les empêchaient pas du tout de faire du très bon travail. Ils avaient juste une approche différente de la mienne concernant notre métier.

Ça peut sembler n'être rien comme ça mais de cette "approche différente" découle beaucoup de choix et de décision qui ne seront pas les mêmes que les miens. C'est justement cette "approche différente" que l'on souhaite avoir lorsque l'on veut de la diversité dans les équipes.

C'était une grosse entreprise, donc. Elle est présente dans onze pays, ce qui fait beaucoup d'employés de beaucoup de cultures et d'origines différentes. Une grosse dose de diversité là aussi. Mais quel est le rapport entre les origines du personnel et l'informatique ?

En fait, tout. La différence de culture, de langue native ou d'origine sont des éléments important de la diversification. Grâce à ses différences que vous apportez à vos équipes, vous introduisez des manières de réfléchir et de penser les choses bien différentes de ce que l'on a l'habitude dans notre propre pays.

L'être humain n'est pas prévisible et les éléments qui influent sur la façon dont il réfléchit sont extrêmement nombreux. Les qualités techniques qu'il possède ne sont qu'une infime partie de ce qu'il est, de ce qui fait qu'il soit bon dans son métier et de ce qui fait qu'il rende sont équipe meilleure. On doit penser à l'humain dans sa globalité et cette globalité inclue son origine, sa langue, sa culture et son expérience passée.

À ces différences d'origine, de culture et d'ethnicité en général on peut rajouter la différence de sexe. Et cette dernière touche particulièrement le secteur de l'informatique. Ce n'est pas pour rien que l'on voit fleurir les initiatives pour attirer les femmes vers le secteur du digital. Et je pense que celles qui font déjà partie des rangs des informaticiens (tout sous domaine confondu) sont à féliciter car leur vie n'est vraiment pas facile.

Certains ne se rendent pas bien compte de l'importance d'avoir des femmes dans leurs équipes ou même voient cela d'un mauvais oeil. Pourtant cela peut apporter autant au niveau technique (façon d'aborder les problèmes, façon de résoudre les problèmes) que dans les autres qualités qui permettent à une équipe d'être stable, forte et productive.

Les femmes n'ont clairement pas la même sensibilité que les hommes et cela peut influer en bien sur toutes les facettes de la vie au travail !

Le dernier point que je souhaite ajouter à cet article est la reconversion professionnelle. On en parle pas beaucoup dans les articles dédiés à la diversité dans la tech mais je pense – de part mon expérience – qu'il s'agit d'un point très important.

J'ai quitté cette SSII où j'avais un collègue qui était anciennement Docteur en biologie et chercheur pour le NIH au État-Unis d'Amériques et je travaille depuis pour une startup où j'ai rencontré un ancien Ingénieur du son.

Ces deux personnes sont aujourd'hui de très bon développeurs JavaScript. Et je peux vous assurer qu'ils ont une manière d'aborder les problèmes différente de moi qui n'ait fait que du développement toute ma vie.

Leurs manières de s'organiser, de représenter l'information, de gérer le stress, de partager les connaissances ne sont clairement pas les mêmes non plus. C'est ce qu'on appelle souvent des "soft skills" :  ce sont des aptitudes non liées directement à notre corps de métier mais qui améliorent notre capacité à faire du bon travail ensemble ou en autonomie. Donc améliore la production et donc l'argent que l'entreprise se fait à la fin.

En fait, avoir de telles personnes dans une équipe de développement apporte beaucoup pour la production (la conception de nouveau logiciel, la résolution de bug et autres maintenances informatiques d'un logiciel). Cela apporte aussi énormément au reste de l'équipe qui peut ainsi apprendre d'elles ces "soft skills" qu'il n'a pas pu acquérir dans son parcours jusqu'a maintenant.


Vous avez sûrement compris où je voulais en venir, la diversité d'une équipe fait sa force et sa richesse. Cela impose peut-être d'autres méthodes de management mais les retours sur investissement en valent vraiment le coup ! Je n'ai pas abordé toutes les diversités ici – il y en a beaucoup trop – mais vous pouvez continuer vos recherches sur les diversités de personnalités/caractères ou sur tout ce qui pourrait limiter les biais cognitifs dans nos applications...

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